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Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /Nov /2007 14:48
Paul Boccara
Le 15/09/2007
 


DEFIS DE NOVATION DU PCF ET RIPOSTE A SARKOZY
La novation du parti communiste et les grands défis de la riposte à Sarkozy sont liés.
                              
 
Les défis de la riposte
 
    

 La riposte aux mesures de Sarkozy et de son gouvernement ne concerne pas seulement la critique des mesures et la résistance. Cela concerne aussi le besoin de contre-propositions, suffisamment aiguisées et cohérentes pour être à la hauteur et convaincre du bien-fondé de l’opposition,arracher des reculs,avancer vers une autre perspective. C’est aussi le besoin de rassemblements larges sur de telles contre-propositions.
 
     Cela renvoie directement à la question cruciale du moment de la novation du parti communiste.
 
     Comment, à la fois, contribuer à rassemblement largement dans les luttes et contribuer à élaborer des contre-propositions valables ? Est-ce que cela veut dire diluer les communistes dans une autre organisation, une nouvelle formation, comme le prétendent certains dirigeants ? Ou au contraire, cela ne signifie t-il pas développer l’originalité du PCF, d’apports au mouvement social et à l’ensemble de la gauche, grâce à une novation très profonde de sa propre organisation ?
 
     A propos des mesures de Sarkozy et de son gouvernement, en relation avec les exigences du MEDEF, il ne s’agit pas de subir l’avalanches des annonces et des débuts de mise en œuvre, en se contentant de dénoncer et de maudire, en tendant à céder à la fatalité d’un rouleau compresseur tout puissant ! Il ne s’agit pas non plus de laisser dans l’illusion démagogique les travailleurs et citoyens que le pouvoir impressionne. Il convient de lister et de décortiquer les différentes dispositions, pour montrer leur caractère nocif, mais aussi leur cohérence réactionnaire et encore leur contenu illusoire, démagogique.
 
     On peut montrer que favoriser la richesse par les exonérations fiscales et de cotisations sociales, et faire pression sur les « coûts salariaux », en opposant entre eux les salariés, sous prétexte que le capital apportera de l’emploi et de la croissance, est une illusion. Cela s’opposera au contraire, pour l’essentiel, à l’emploi, aux salaires et à la croissance réelle. D’ailleurs, déjà la crise financière de la spéculation sur l’immobilier montre, à la fois, l’illusion du « tous propriétaires comme les riches » et le gâchis des faveurs au capital favorisant la spéculation contre la croissance, les salaires et l’emploi.
 
     Il convient aussi de montrer qu’on peut faire reculer et battre ces mesures, en faisant monter la protestation rassembleuse, comme déjà il y a eu une forte critique et un premier recul sur la TVA sociale.
 
     Il convient enfin de saisir, pour chaque mesure particulière, les milieux les plus concernés pour entraîner des rassemblements plus vastes, et aussi de les mettre en cohérence et de les hiérarchiser, pour un développement organisé de la Riposte pour une autre cohérence.
 
     Ainsi, il y aurait des mobilisations particulières, sur les différents thèmes : sur les franchises médicales, les régimes spéciaux de retraite, la mise en cause du droit de grève, la privatisation de Gaz de France, les suppressions d’emploi dans l’école et les services publics, la réforme universitaire, le Traité simplifié européen (concernant la domination de la BCE), la chasse aux immigrés, le Grenelle sur l’écologie. Mais aussi on montrerait la cohérence de toutes ces mesures favorisant les profits et le capital sous prétexte de favoriser la croissance, alors que cela fera prédominer les placements financiers, la spéculation et les exportations de capitaux. On peut poser la question de l’argent et notamment l’argent public pour qui ? Pour quoi ? Avec l’opposition entre prélèvements financiers et prélèvements publics ou sociaux.
 
      A propos de la hiérarchie et de la cohérence, il convient de souligner l’importance cruciale des dispositions sur le marché du travail et de l’emploi, avec des contre-propositions pour permettre un vaste rassemblement de tous les salariés, de tous leurs syndicats, ainsi qu’entre eux et les partis de gauche, à l’opposé de leurs divisions. Cela concerne tout particulièrement la négociation sur le marché du travail, qui a déjà commencé entre MEDEF et syndicats, avec la pression des exigences de Sarkozy et la menace d’une loi.
 
     C’est la pression pour le « contrat unique » favorisant le licenciement et la dite « séparation à l’amiable » sous prétexte de supprimer l’opposition CDD-CDI ou encore la perspective de contrats allant dans le même sens, d’allongements de la période d’essai et de licenciements sans motif. C’est aussi la prétendue « sécurisation des parcours professionnels », avec notamment une intégration ANPE-UNEDIC, mais pour faire d’avantage pression pour qu’on accepter n’importe quel emploi à bas salaire.On veut aussi faire accepter la précarité fondamentale contre   quelques miettes de soutien public précaire aux licenciés, en déresponsabilisant les entreprises ,ou encore des formations très insuffisantes et sans débouché dans l’emploi.
 
      Tout cela concerne certes au premier chef les syndicats, leur riposte unitaire, mais aussi le risque de leur division et de leur intégration comme sur la sécurisation des parcours professionnels. Mais cela ne concerne pas seulement les syndicats.
 
     Aux pressions du pouvoir politique doivent répondre le soutien et l’apport conséquent des partis de gauche, à l’opposé des grandes insuffisances actuelles. Il s’agit tout particulièrement de notre apport sur le triangle institutionnel : - objectifs sociaux de sécurisation, faisant reculer le passage par la case chômage, - pouvoirs des travailleurs, dans les entreprises et dans le service public de l’emploi, - moyens financiers, argent public et du crédit. Mais il faudrait avancer sur un triangle analogue pour un autre développement des Services publics.
 
     Du point de vue de la hiérarchisation des contre-proposition et d’une autre cohérence, un troisième axe serait, face à l’ hyper présidentialisme de Sarkozy, l’exigence de nouveaux pouvoirs de démocratie participative et d’intervention, depuis les entreprises, les services publics et les localités, dès maintenant en fait et dans la perspective d’une VIème République.
     Tout cela renvoie, tout particulièrement, à la responsabilité du PCF par rapport aux luttes et à l’opinion, par rapport aux débats entre les syndicalistes et le pouvoir, par rapport aux partis de gauche.
 
     C’est ainsi que nous avons pu obtenir la création du Collectif Riposte du PCF, et son action avec notamment la manifestation du 27 Octobre ainsi que les initiatives envisagées dans la semaine précédente. Mais, du point de vue de la novation du parti communiste, l’expérience du collectif confirme déjà deux choses :
1)     La responsabilité propre du PCF avec son originalité d’apports et d’initiatives, y compris pour inciter à une mobilisation de toute la gauche, au lieu de sa dissolution et de sa dilution dans une nouvelle formation politique.
2)     La très grande insuffisance actuelle, pour des raisons culturelles et d’organisation ,d’une liaison nouvelle de ces interventions avec l’activité de tous les communistes et avec d’autres. Qu’en sera t-il notamment du développement de campagnes sur les différents thèmes après le 27 Octobre ? On saisit sans doute le besoin de changement radical du parti communiste, contre les insuffisances culturelles de fond ou sur la formation, tout particulièrement pour de grandes campagnes sur les objectifs sociaux, les pouvoirs, les moyens financiers.
 
Défis de novation profonde du PCF
 
     Une novation profonde du parti communiste devrait pouvoir s’opposer aussi bien à sa stagnation et à sa faiblesse actuelle qu’à sa dilution dans une autre formation, afin de contribuer aux luttes et à un rassemblement transformateur de toute la gauche.
 
     En ce qui concerne la novation, la refondation et le rassemblement à gauche, il convient de tirer les leçons de la campagne des élections présidentielles. La campagne électorale de Sarkozy et les ralliements de collaboration ultérieurs ont montré l’ampleur de l’unité et du rassemblement à droite, avec la récupération de thèmes d’extrême droite ou même de gauche ( comme la démagogie sur la sécurisation des parcours professionnels). Mais tout cela s’est opéré sous domination d’un programme transformateur de droite agressif ,pour une véritable « révolution conservatrice ». Et cela a permis l’attraction des forces dominantes de la société, de la richesse et des capitalistes sur de nombreux salariés, avec la division des salariés et notamment le slogan « travailler plus pour gagner plus ».
 
    Au contraire la gauche a été très divisée. Mais aussi elle a été marquée par la mise en avant de thèmes de droite par Ségolène Royale, favorisant « l’original », en faisant au contraire reculer le projet social de gauche audacieux sur l’emploi. Tandis que le PCF, après avoir tenté de se diluer dans les Comités anti-libéraux, a très peu suffisamment mis en valeur notre programme social audacieux comme sur la sécurisation de l’emploi et de la formation, les moyens financiers et les pouvoirs des travailleurs et citoyens.
 
     Il y a donc besoin d’un vaste rassemblement unitaire à gauche, mais sans baisse de l’audace transformatrice sociale de gauche, avec des contre-propositions se démarquant nettement de la droite pour une autre cohérence et pour les luttes.
 
     C’est dire l’importance de la contribution d’un PCF, dépassant ses faiblesses actuelles pour une novation profonde, en développement les deux axes de son originalité, par rapport au PS ou à l’extrême-gauche : - à la fois, pour le rassemblement de toute la gauche, avec des mesures réalistes, avec la possibilité de participer au gouvernement ;
-         et en même temps, pour l’audace transformatrice des mesures et les luttes indépendantes, depuis les entreprises, les services publics, les localités.
-          
     Encore une fois, il ne peut s’agir, à mon avis, au nom du rassemblement, de la dissolution et de la dilution de régression du parti communiste dans une autre organisation, le coiffant avec des non- communistes. Ce qui n’est pas du tout la même chose que travailler largement avec des non-communistes.
 
     Il ne peut s’agir non plus d’un congrès du PCF, lui-même englobé dans un autre congrès avec d’autres forces et des non-communistes. Or nous sommes désormais mis au défi d’appels explicites dans ce sens d’un certain nombre de dirigeants, avec leeeurs ambitions rivales de conduire cette dilution dans une autre formation, qu’il s’agisse de Cohen-Séat ou de Dartigolles ou de Guayssot et non plus seulement de Martelli, en référence à des dirigeants socialistes comme Mélenchon,ou LCR comme Piquet, et d’autres.
 
     En outre, on privilégie l’organisation et des rencontres de sommet. Alors que c’est la bataille sur le fond, depuis le terrain, qui est décisive.
 
     L’aiguisement et la cohérence nécessaire de contre-propositions aux mesures de Sarkozy, ainsi que l’organisation des luttes à la base rassembleuses sur de telles propositions, supposent l’apport original d’un PCF changeant lui-même profondément, pour se développer à partir de ses meilleurs acquis, par rapport aux faiblesses et handicaps de sa régression actuelle. Cela à partir de ses avancées récentes précieuses, comme sur la sécurisation de l’emploi et de la formation et pour de nouvelles avancées, comme sur les Services publics. Cela s’oppose au Questionnaire vide pour le congrès ,qui nous demande ,par exemple, de dire comment qualifier le capitalisme aujourd’hui ou si nous sommes toujours marxistes. Cela s’oppose à la déclaration de Marie- George Buffet disant « pas de guide de lecture préalable », ce qui signifie, en fait, faire table rase des acquis.
 
     Cela exige une démocratisation profonde du PCF. Il faudrait non seulement avancer vers une démocratie participative et d’intervention dans le pays, mais d’abord dans le parti communiste, à l’opposé de la prédominance des délégations de pouvoir. La forme parti actuelle elle-même doit changer pour aider aux interventions en permanence depuis les entreprises, les services publics et les localités, au lieu de viser avant tout à l’alternance au gouvernement.
 
     On nous parle d’un Congrès de Tours à l’envers. Mais le congrès de Tours, c’est d’abord la rupture avec la capitulation social- démocrate, la mise en avant des luttes dans les entreprises et le développement de la théorie issue de Marx et non la priorité aux élections ,mais pour des élus à l’appui de ces luttes pratiques et théoriques. C’est l’apport prècieux de Tours. Ce n’est pas seulement la référence à la dictature soviétique et même au modèle étatiste, dont nous nous sommes en principe écartés et par rapport auxquels nous devons exprimer notre opposition de façon systématique, avec un projet de société de liberté pour chacun(e).
 
     Cela renvoie à une révolution culturelle dans le parti communiste, avec une remontée considérable d’une culture alternative (tandis que les anciens repères ont été perdus sans être suffisamment remplacés), avec une remontée formidable des élaborations sur les réalités actuelles et les propositions, de la formation des militants et des capacités d’intervention des communistes.
 
     Tout cela devrait s’articuler avec les expérimentations des luttes sur le terrain et un va-et-vient entre culture et formation d’une part, expérimentation des luttes et rassemblements d’autre part. Cela concerne le rassemblement des trois bases sociales de la transformation de dépassement du capitalisme :
1)     Toutes les catégories de salariés et leur lutte de classe
2)     Les femmes et les générations
3)     Les populations issues de l’immigration ainsi que tous les peuples et aires culturelles du monde.
 
     Le cycle ouvert par le programme commun de la gauche se termine sans doute par un défi existentiel pour le PS et toute la gauche. L’effort pour marginaliser les idées communistes révolutionnaires et pour céder au social-libéralisme et au centrisme se retourne désormais contre l’accession du PS et de la gauche au pouvoir. De même l’union jusqu’au gouvernement, sans la majoration des luttes autonomes à la base par le PCF en relation avec la novation de son projet, a contribué à son déclin.
 
     Au delà de la France, cela renvoie encore à d’autres relations avec les parti et mouvements plus au moins proches du notre en Europe et dans le monde, mais sans céder aux pressions éventuelles du Parti de la Gauche européenne pour noyer les communistes dans des partis dits de gauche sociales démocratisée.
 
     Face à l’assimilation du communisme au stalinisme ou même à l’Union Soviétique, il convient de développer une grande campagne avec des actes symboliques sur notre novation très profonde en liaison avec notre contribution aux luttes démocratiques. Cela concerne la bataille sur les valeurs et la civilisation, valeurs humanistes et valeurs communistes de notre époque : pour un dépassement des maux et des points forts du capitalisme, de ces libertés dans l’inégalités, pour un partage des pouvoirs, des ressources, des informations, des rôles, pour un PCF d’un communisme de liberté pour chacun, d’un communisme de démocratie participative et d’intervention de tous.
Par gaijinlenox
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